10 juin 2009
Le thym était en fleur
Au clair de la Plume - Consigne n° 5 du 1er Juin 2009.
»Vous y avez réfléchi depuis longtemps et vous vous êtes décidé : c'est ce pseudo là que vous avez choisi (ou que vous choisiriez) parce que ....Dites nous en 20 lignes maximum pourquoi ce pseudo vous a séduit et pas un autre, avec pour incipit :"depuis le temps qu’il me tourne dans la tête"
Le thym était en fleurs
Depuis le temps qu’il me tournait dans la tête ce pseudo, mais il faut dire que j’ai une patience inouïe ! mais surtout, je suis empreinte d’un grand sens de la contrariété. Cela vient sans doute de mon signe -et double et d’air. Et puis, je suis un homo erectus, j’adore marcher ! j’ai en moi cet instinct grégaire de la majorité du troupeau. Car c’est un fait reconnu : l’humain aime marcher. Surtout lorsqu’il a besoin de réfléchir.
Les tourbillons de pensées qui lui agitent l’esprit, dans la rengaine monotone du son de chaque pas, gauche-droite, gauche-droite, dans une sorte de danse organique, prenne une signification symbolique lorsqu’il met un pied devant l’autre, de façon harmonieuse -si possible.
Que l’on tourne en rond ou en carré, cela n’a aucune espèce d’importance. Tout est dans le rythme.
J’imagine que vous vous demandez ce que viennent faire ici ces élucubrations. (Nos élucubrations n’en sont souvent que pour les autres). La raison en est l’inspiration par la photo. Elle me correspond dans mon grand illogisme. J’en reviens à ma patience, interpénétrée de mon esprit contradictoire et de mon illogisme qui m’oblige à constater ce fait incontournable mais non pas moins réel : j’ai toujours tourné en rond en carré.
Et lorsque j’ai eu l’envie, il y a 3 ans, d’ouvrir mon blog, j’ai cogité pour dégoter d’un part, un nom qui corresponde à son « esprit » , qui, comme certain(s) le savent, porte sur la nature et les bricolages en tous genres – deux aspects qui sont parties intégrantes de mon être. Là, rien de bien compliqué : le diminutif de mon prénom Brie.. et la fin « collages » …oui, là, je l’avoue, je n’ai pas trop épuisé mes 2 neurones. Je ne pouvais pas trouver plus rapprochant ! Mais, mais,….vous me direz que la consigne concerne le pseudo.. J’y viens.. - mais du fait, je fais d’un rond un carré ou d’une pierre, deux coups- … donc, au bout de quelques heures de profondes réflexions…je me suis arrêtée dans un coin de mon carré, celui que je suivais inlassablement en tournant en rond, et mes yeux se sont portés tout naturellement par la fenêtre, l’appel de la nature, et qu’ai-je vu ? : le thym était en fleurs !!!
N’existe t’il pas une concordance plus profonde à l’imagination d’ un pseudo rapproché à un blog ? et une différence lorsque l’on recherche un pseudo plus intimement lié à notre personnalité « intérieure », sans le but de la création d’un site ?
18 avril 2009
Le sculpteur
Au clair de la Plume - Consigne n° 3 du 1er avril 2009
En vous inspirant de la photo, imaginez une histoire relative à cette fête… Incipit : « Il y a des moments dans la vie où il faut savoir s'éclipser avec dignité »
Le sculpteur
Il était une fois, il y a bien longtemps, vivait un vieil homme qu’on appelait David aux mains d’or. Il portait pour tout vêtement, une tunique rouge trouée de toutes parts, seul héritage de son père et de non moins vieilles chausses qui n’avaient pratiquement plus de semelle mais dans lesquelles il se sentait si bien qu’il avait l’impression de marcher toujours sur des nuages. On le voyait déambuler dans les rues de la cité, la marche titubante et les yeux hagards. Il portait une longue barbe hirsute et grisonnante, un ventre proéminent dû à sa consommation pléthorique de pintes - fait qui étonnait toujours ses congénères – qui eux mêmes en ingurgitaient une quantité sans nombre. Ses journées étaient marquées désormais par de longues beuveries, durant lesquelles, quelquefois, ils regardaient ses mains – qui autrefois avaient fait de si belles œuvres et qui, maintenant, lui apparaissaient comme des poids morts, des pierres qui n’avaient même pas l’aisance d’enlier briques après briques, de créer un mur – entrecoupées de lourds sommes comateux Il baignait depuis déjà trop longtemps dans la page blanche du sculpteur.
Un jour, au petit matin, alors qu’il rentrait brinde-zingue d’une joyeuse énième nuit de bacchanales , au croisement d’une rue il butta sur une veille femme. La mendiante avait la tête baissée et semblait somnoler. Elle était emmitouflée dans une grande cape blanche qui jurait avait la noirceur de sa peau.
Près d’elle un enfant en haillons s’amusait avec des cailloux. A la vue de l’homme, l’enfant lâcha ses jouets improvisés pour attraper la sébile vide et la tendre d’un bras maigrichon. La femme sans doute réveillée par le bruit, leva la tête et planta son regard limpide dans celui de David, qui en fut comme transpercé. Elle était d’une étrange beauté. Son visage était parcouru de rides qui couraient et se chevauchaient dans tous les sens mais on les y sentait si tranquilles comme porteuses d’une sève de sagesse. Elle avait les yeux multicolores, des pointes du vert couleur huître de la mer par temps calme, du bleu céruléen du ciel un jour d’été, l’éclatant violet de la mauve sauvage, un océan de lumière dans lequel il décela tout l’amour du monde.
Il ressentit d’un coup, dans tous ses sens, comme une douleur térébrante, un sentiment qui l’avait abandonné depuis bien longtemps, cette certitude qu’il venait de ressentir, à nouveau, ce violent désir, cette merveilleuse envie de créer. Il sut à cet instant qu’il revenait à lui-même, que l’extraordinaire aventure d’exister venait à nouveau de l’habiter tout entier, dans une plénitude bienfaisante. Tous ces doutes, toute sa vulnérabilité s’envolèrent d’un coup. Les jours et les mois qui avaient précédé cette minute divine lui semblèrent faire partie d’une autre vie.
Il s’agenouilla devant eux, posa une pièce d’or dans la sébile – la seule qu’il possédait encore - et leur proposa, d’une voix aussi douce que possible pour ne pas les effaroucher, une paillasse dans un coin de son logis qui lui servait aussi d’atelier.
Il ne lui fallut pas plus d’une journée pour re-basculer de l’autre côté, celui de la créativité. Sitôt contaminé, il eut de plus en plus de mal à se passer d’elle. Le jour, il ne se lassait d’admirer sa beauté, d’effleurer son corps charnu afin de s’en imprégner totalement, intimement - afin que ce corps et ses mains ne soient plus qu’un, dans une osmose totale. La nuit, ses mains, empreintes des courbes tant caressées, sculptaient avec une aisance exponentielle.
Et puis un beau matin, dans le courant du 3ème mois de l’An 1748, la statue fut finie. Elle trônait au milieu du minuscule atelier et remplissait tout l’espace. David décida d’en faire cadeau au Roi qui la fit porter dans le parc de la ville, pour un hommage au grand sculpteur oublié mais qui avait eu son heure de gloire.
David s’en réjouit car ainsi tout un chacun pourrait caresser la matière chaude de la pierre et s’imprégner d’une partie de l’amour qui l’avait porté à cette création.
Quelques jours plus tard, le 1er avril, alors qu’ils traversaient le parc, pour aller faire joyeusement ripailles en l’honneur de cette fête, l’enfant qui trottinaient derrière eux, humecta subrepticement un poisson qu’il avait découpé en cachette et le colla sur le fessier rebondi. Le papier était rose mais tant pis, il n’avait trouvé que celui là et lui aussi voulait, à sa façon, participer à la fête.
David aux mains d’argent souriait, empli de gratitude devant cette femme qui avait sût éclairer son esprit-cœur, devant l’innocence naturelle de cet enfant devenu sien, devant la statue immortalisée.
Il savait qu’elle serait son ultime œuvre, la consécration de sa vie et se dit intérieurement qu’il y a des moments dans la vie où il faut savoir s’éclipser.
10 mars 2009
La famille Quatregé
Au clair de la plume – consigne n° 2 du 1er Mars 2009
S’inspirer de cette photo de Gilbert Garcin « la veillée » (photo 1er mars).
Phrase finale "Ils vieilliraient ensemble".
La famille Quatregé
Ce soir encore, il s’était sauvé.
Ils se rappelaient lorsqu’ ils avaient reçu ce cadeau vraiment inattendu. Gilberte, leur fille, en arrivant la veille, leur avait lancé avec une expression énigmatique « cette année, j’ai eu envie de vous faire une surprise, une vraie ! de celles dont on se souvient longtemps. Vous verrez ! ». Puis, elle était montée rapidement à sa chambre, un carton à chaussures caché dans son dos.
Toute la nuit, à travers la cloison, ils avaient bien entendu de drôles de couinements et leur fille qui chuchotait comme si elle se parlait toute seule. Ils avaient partagés des regards étonnés en se disant que décidément, leur fille était vraiment une originale - puis s’étaient endormi, épuisés de leur journée, comme chaque soir.
Le lendemain, Gertrude s’était levée à 5 H et avait eu, la première, la surprise de la boîte à chaussure entourée d’un beau ruban, posée sur la grande table de la cuisine recouverte d’une toile cirée à gros carreaux noirs et blancs.
Elle n’y avait pas touché. En ce jour, elle attendait que Gontran arrive à son tour pour qu’ils découvrent ensemble ce cadeau qui devait marquer à tout jamais ce jour de leur 60ème anniversaire de mariage.
« A tout jamais », elle ne pensait pas si bien dire…
Elle commença à s’affairer et à préparer les œufs brouillés du petit déjeuner.
Gontran arrivait. Son pied droit lourd, comme d’habitude, qui faisait grincer une marche sur deux. Gilberte, qui avait entendu leurs pas, descendit discrètement et resta debout sur le seuil de la porte, sans faire un bruit. Pour rien au monde,elle n’aurait raté cet instant.
Elle observait ses parents d’un air attendri. Ils se penchaient sur la boîte. Chacun sa tâche, Gertrude enleva délicatement le ruban et Gontran souleva le couvercle - et là, quelle ne fut leur surprise !
Comme il était mignon ! Il avait un petit museau tout blanc qui reniflait sans cesse comme pour s’imprégner de leurs odeurs, des yeux malicieux qui les fixaient comme pour enregistrer leurs visages. Il se trémoussait, agile comme une anguille et sans plus attendre se mit à lécher leurs mains. Il sautilla sur la table, s’allongea sur le dos pour recevoir la première caresse de bienvenue sur son ventre rose.
Et puis, il lanca un petit pet. Gontran, étonné mais cependant joyeux, s’écria « on va l’appeler Gaspar ! »
Gertrude, elle, recula d’un pas, surprise, mais en même temps fusa en elle une pensée de jalousie. Elle savait que Gontran avait toujours rêvé d’avoir un chien…elle devrait désormais partager la tendresse qu’elle sentait déjà dans le cœur de son mari, pour ce petit animal qui entrait tout juste dans leur vie !
Et ce soir encore, il s’était sauvé. Bien sûr, il reviendrait comme toujours. Cela faisait 12 ans maintenant qu’il partageait leur vie. En âge d’homme, il avait 84 ans, comme Gertrude quand ils avaient reçu le chiot !
Ce soir encore, ils s’étaient assis face à face, avait sorti un sablier que Gontran avait inventé, un soir d’impatience : un grand doseur et un énorme entonnoir retourné. Ca avait toujours marché : le chien rentrait avant que tout le sable ne se soit écoulé. Faut dire qu’il était gros ce sablier improvisé ! Gontran pianotait d’un geste impatient et d’un coup, se mit à sourire, réconforté par la pensée qui venait de lui traverser l’esprit car il était sûr au moins d’une chose, tous les trois : ils vieilliraient ensemble.
24 juillet 2008
SOUVENIRS
Paroles Plurielles – Consigne 72 – Incipit « On y pensait depuis longtemps »
(photo de Coumarine)
On y pensait depuis longtemps. Perdus dans mes pensées, je me souvenais de l’instant où des années auparavant, l’idée avait commencé à germer en nous . Il s’était servi une rasade de whisky. Moi, bien calée dans mon vieux fauteuil préféré, je sirotais un infusion de verveine tout en grignotant une pomme d’amour… j’admirais les rayons du soleil filtrant à travers les longues feuilles lancéolées du saule pleureur dont les branches si fines, comme de grandes tentacules se recourbaient en forme de parapluie juste devant la baie vitrée de l’atelier, qui se reflétaient sur les pommes posées dans la coupelle de fruits et leur donnait un aspect si brillant.
Puis je m’étais tournée vers lui et en silence , je l’avais observé.
Il avait l’air absorbé, lui aussi par la beauté du paysage extérieur. Le regard tourné vers la fenêtre grande ouverte, ses yeux semblaient cependant ne s’attacher à aucun point précis. D’un coup, sa main avait saisi le pinceau et d’elle-même, comme si elle ne lui appartenait plus, l’avait trempé dans la peinture vert clair et avait colorer la salopette bouffante et le béret de la petite africaine qu’il venait de sculpter. Puis, comme s’il venait d’émerger d’un long rêve, il avait plongé le pinceau dans la coupelle chargée du vert-de-gris qu’il utilisait toujours pour peindre les socles des statuettes.
A cet instant précis, je m’étais levée, avait saisi une pomme dans la coupelle à fruits puis m’étais dirigée vers son établi et plus particulièrement vers la boîte où étaient toujours bien rangées, par ordre de grandeur, les petites brosses. J’en avais saisi une au hasard et l’ avais enduit de vernis dont j’avais recouvert la grany. Puis, j’avais posé le fruit sur un cendrier carré de verre translucide décoré de motifs indiens, toujours vide depuis que nous avions arrêter de fumer et dont je ne me souvenais même plus la provenance. J’aimais ce contraste du carré et du rond. Du mat et du vernis. Enfin, j'avais étalé un foulard qui traînait sur le dos d’une chaise et y avais posé le collier que je portais justement ce jour là et qui, comme par magie, de par ses couleurs, s’accordait totalement avec l’ensemble.
Il s’était levé, avait saisi l’appareil photo pour prendre celle qui allait devenir la photo fétiche de sa première exposition et allait le faire connaître dans le monde entier.
20 juillet 2008
ETRE et NE PAS ETRE
Paroles Plurielles - Consigne 71 - 28 Juin - Incipit : "pendant sept jours et sept nuits, il (elle) veilla

Photo de Françoise
Pendant sept jours et sept nuits, elle veilla. Sa douleur, si poignante qu’elle pensait ne jamais en avoir ressentie de si intense de toute sa vie, lui faisait ressentir encore plus intensément les éléments naturels de la nature qui l’entourait, le climat bizarre qui régnait ces derniers jours, parfois l’apparition d’un soleil radieux – étincelant d’une lumière si violente qu’elle en avait du mal à garder les yeux ouverts. Elle ressentait alors une chaleur intense comme si tout son corps prenait feu et en même temps, un froid intérieur si grand qui la faisait frissonner toute entière. Il lui semblait que le soleil la narguait, elle trouvait sa présence incongru dans son paysage intérieur de douleurs.
Oui, ce soleil, elle ne le comprenait plus, il lui faisait peur ! puis, d’un coup, il se faufilait derrière des gros nuages gris qui obscurcissaient de plus en plus le ciel, pour éclater en une pluie violente qui forçait, comme par automatisme, à ouvrir les parapluies pour ne pas être cinglé sous son avalanche de pleurs.
Elle ressentait alors cette ambiance moite de la chaleur montant de la terre, traversant ses pieds, montant dans le creux de son ventre, le berceau, annihilant toutes ses forces, serpentant jusque dans ses veines qu’elle imaginait parcourues d’un liquide translucide, la grisant jusque dans sa tête. A ces instants, elle avait l’impression d’être en suspension dans l’espace. Elle n’existait plus, elle devenait elle-même cette incommensurable douleur qui la tenaillait au plus profond de sa chair. Bizarrement, son âme semblait s’apaiser.
Elle avait l’impression de n’être plus qu’esprit, elle touchait l’âme de son enfant, la chair de sa chair qui sommeillait là, couché dans l’herbe, sans vie.
28 décembre 2007
INVITATION SURPRISE
Consigne 60, Paroles Plurielles
Ecrire un monologue intérieur de quelqu'un qui doit prendre une décision, et qui ne parvient pas à se décider, en utilisant des mots "toc" (tout-à-fait... quelque part... effectivement... pas de souci... que du bonheur... c'est trop... j'ai envie de dire... oui mais non... y pas photo)
Et toc ! me voilà encore entre deux eaux. Je m’étais pourtant dit que je ne la reverrais ja-mais !
Mais sans doute qu’à un moment où un autre ça arriverait, qu’elle voudrait qu’on se rabiboche. Il va bien falloir maintenant que je me décide ! Irais-je, n’irais-je pas ? Allez, je vais me faire la fameuse liste, celle du pour, celle du contre…. Evidemment, je me connais, je vais argumenter toutes celles qui iraient bien dans la liste « pour » et les agrémenter d’un petit inconvénient pour la refourguer dans l’autre liste ! mais bon, pas de souci, ce coup-ci, je vais essayer d’être vraiment honnête, le jeu en vaut la chandelle.
Les fêtes de fin d’année sont bien les seules réunions où toute la famille peut se retrouver mais quand même ! Elle n’a pas donné signe de vie depuis au moins dix ans, après cette fameuse histoire.
Après tout, je n’y étais pour rien moi, ce n’est pas moi qui lui ai piqué son mec ! ma cousine en plus !
Oui mais non, après tout, je ne dois rien à personne même si tout cela part d’une bonne intention
Oh non, franchement, c’est trop ! Je n’arrive pas à me décider…pourtant, le temps à passé, mais au fond de moi je sens bien que je lui en veux encore….
mais faut bien que je me l’avoue, cette invitation me fait quand même bien plaisir …et puis quelque part, j’ai bien envie de revoir Marc aussi et de connaître le petit Jérôme. Ce p’tit bout de chou, ça ne doit être rien que du bonheur…
.. quand même, j’hésite ! elle pourrait penser que je lui ai entièrement pardonné….
Allez , y’a pas photo. Faut que je ravale ma rancœur. J’y vais. Après tout y’a que les cons qui ne changent pas d’avis
18 décembre 2007
Trahison Indécente
Consigne 59 – Paroles Plurielles
Ecrire une lettre sur le thème de la jalousie, sans utiliser la lettre U
Seuls « tu » et « vous » sont autorisés
Gaston,
Je me sens si dépitée face à cette indécence. Je n’ai pas l’envie ni la force de t’affronter.
Je préfère t’écrire cette missive, exorciser ma colère par les mots.
Tu m’as trompé ! Tu m’as trompé ! à 87 ans ! te rends-tu comptes ? après tant d’années passées ensemble ! Comment as-tu fait ? Comment as-tu osé ? Est-ce même pensable ? encore hier tu disais n’aimer !
Je sais : le dernier bal ! cette petite vieille virevoltait sans arrêt, près de notre table, son pas boitillant, ses tifs filasses complètement emmêlés.
J’avais constaté tes petits regards délavés d’envie dirigés vers elle.
Tu appréciais tant ma tignasse épaisse et frisée, tu me disais encore ma joliesse. Comment as-tu été attiré par cette vieille, laide et célèbre dans le village par ses manières dépravées ?
J’avais observé tes petits regards émerveillés comme si tu avais rencontré la Miss Monde. Je te connais comme ma poche. Je te connais par delà l’extrémité de tes ongles que tu ne tailles jamais bien , me blessant alors que vient le moment de se mettre dans les draps !
Tu a pensé: personne ne s’en apercevra ! Ne connais-tu pas la Georgette ? elle passe son temps derrière ses voilages. De sa fenêtre, les iris exorbités par l’effarement, elle n’a cessé de fixer ce simili-ménage passant devant elle, se tenant par la main, sans gêne, se demandant si elle ne devenait décidément pas folle. Evidemment, dans la seconde, elle venait m’avertir, encore hésitante se demandant si ses mirettes ne l’avaient trahie !
Même encore à l’instant je n’arrive pas à y croire, mais tu m’as déshonorée et jamais je ne te pardonnerais cette trahison. J’ai déjà fait mes valises. Je pars. Tu ne me reverras pas ! Mon pôvre Gaston, tu devras désormais faire ta popote et repriser ton linge.
Moi, j’ai 82 ans et encore de belles années à vivre !
04 décembre 2007
Les Croissants chauds
Paroles Plurielles, consigne 58
L'incipit "Je n'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin"
Les croissants chauds
Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. J’aurais dû m’en douter. Aujourd’hui, nous sommes Dimanche et une fois de plus, la patronne m’a envoyé en urgence
acheter les croissants chauds. Le samedi soir, Madame reçoit son Amant. Ah celui-là, le moins qu’on puisse dire, c’elle qu’elle l’adore. Elle est aux petits soins avec lui et chaque dimanche matin , il a droit à son petit déjeuner au lit, avec croissants chauds, jus d’orange et tout le tra la la.. Quelques fois, elle m’envoie même cueillir une fleur au jardin qu’elle dispose amoureusement dans un petit vase sur son plateau.
Si elle s’apercevait des petits clins d’œil qu’il me lance en coin, elle en deviendrait folle !!
En attendant, une fois de plus, il a fallu que je mette mes chaussures en vitesse, mon manteau et que je cours à la boulangerie. Cette même boulangerie qui m’oblige à traverser cette place, triste et plate, traversée de courants d’air, dans la grisaille d’un matin tout juste levé.
Non, seulement je dois marcher vite pour l’aller mais presque courir pour le retour : il faut que les croissants restent chauds, alors qu’il suffirait d’un petit passage au four. Mais non « ils ne sont plus aussi croustillants » me rétorque t’elle, avec ce petit sourire ironique que j’abhorre.
Et chaque fois, je suis étonnée d’apercevoir tous ses gens se promenant de si bon matin ! Ah s’ils faisaient du ménage toute la journée comme moi, le Dimanche, ils feraient la grasse matinée !
Et me voilà, chaussée de ces mocassins souples, ceux que j’utilise lorsque je dois nettoyer les pièces de moquette, ces mocassins qui laissent traverser la froideur et me gèlent les orteils. Et dire qu’en plus, je n’en ai pas d’autre paire. Il me faudra les laver et les sécher avant l’après-midi pour nettoyer les chambres ! Mais pourquoi ne me suis-je pas rappeler qu’elle me faisait le coup tous les Dimanches ? J’aurais enfilé mes bottes même avant son injonction !
Heureusement, demain c’est lundi…
24 octobre 2007
LE VIEIL HOMME
Dernière phrase : "il lui donna solennellement les clés de la maison"
Le vieil homme s’arrêta en haut des marches. Il était tellement essoufflé qu’il dût se tenir immobile un bon moment pour reprendre sa respiration qui jour après jour devenait de plus en plus sifflante. Il se soutint au pommeau de la rampe d’escalier en avalant avec douleur de grandes goulées d’air. En ces instants, il avait toujours cette horrible sensation que son torse était une torche en feu.
Il se dit que décidément il devrait s’éviter ce genre d’exercice qui l’épuisait littéralement. Et Anna, sa femme bien aimée, qui n’était plus là pour lui prendre la main, le soutenir !
A quoi cela sert-il ? se demanda t’il. Pour quelle raison s’échiner à cette petite promenade journalière que lui avait conseillé son médecin, au terme de laquelle il avait l’impression d’avoir du coton à la place des muscles, un brasier à la place des poumons et ses os qui s’entrechoquaient comme si son squelette était en train de se désarticuler ? Pourquoi continuer à résider seul dans cette grande demeure abandonnée de tous ?
Même les domestiques, au bout de quelques mois de salaires impayés, étaient partis.
Il fit quelques pas et s’écroula sur le banc qu’Anna avait fait installer en haut des marches. Ce même banc, où chaque soir, ils s’installaient ensemble pour admirer le jardin de fleurs qu’elle aimait tant, les troènes que leur jardinier s’était amusé un jour à tailler en forme d’animaux géants, et au loin ce magnifique paysage de forêt où quelquefois ils apercevaient tantôt un écureuil, tantôt un chevreuil qui passait tranquillement sans se soucier d’eux. Il se souvint qu’à ces moments là, tous deux se regardaient d’un air complice et ne disaient pas un mot pour prolonger cet instant de bonheur.
« Oh tendre Anne, il me tarde tant de venir te rejoindre » pensa t’il. Ses souvenirs le laissaient toujours triste et encore plus seul.
Comment pouvait-on être plus seul que seul ? Encore une question qu’il se posait souvent.
Perdu dans ses réflexions, il n’entendit pas arriver la voiture de son fils qui, comme tous les premiers dimanches du mois venait lui rendre visite. En l’apercevant au bas de l’escalier, il sursauta comme s’il avait vu un fantôme. Pourtant, il se dit que François arrivait à point nommé. Sa décision était prise : ce soir, il ne brancherait pas son appareil à oxygène. Il avait tant envie de serrer de nouveau Anna dans ses bras que cette idée lui amena un sourire qui illumina d’un coup de jeunesse son visage jusqu'alors terne et ridé.
Il sortit de sa poche le trousseau, se leva, fit quelques pas en direction de François qui gravissait les dernières marches. Il l’embrassa et le regardant droit dans les yeux, il lui donna solennellement les clefs de la maison.
01 octobre 2007
Paroles Plurielles, consigne 54
Incipit : "je lui ai dit de se taire"
LE VIDE DE LA SOLITUDE
Je lui ai dit de se taire. Ça faisait dix ans, jour pour jour, que l’on ne s’était pas revues. Je mijotais ma venue à la date précise de ce jour où je l’avais menacée de ne plus la voir..
Ce fut la rupture d’une amitié d’enfance, la fin de nos crises de rire, de nos joies.
Je pensais souvent à elle, à nos fous rires, à notre connivence d’alors et intérieurement, je me disais et j’espérais de tout mon cœur qu’elle se serait détachée de cet horrible vice qui vous ronge le corps et l’âme. Je voulais en avoir le cœur net
Quoi de plus sûr que de lui offrir quelques liqueurs que j’avais confectionnées moi-même ?
J’arrivais chez elle en milieu de matinée et la surprise passée de nos retrouvailles, nous nous installâmes dans sa petite cuisine. Je souris en la voyant ranger les bouteilles. Je pensais alors que j’avais eu raison d’espérer.
Nous parlâmes de choses et d’autres, insignifiantes au début, comme souvent lorsque l’on se revoit après de longues années de séparation. Puis, elle commença à ma raconter sa vie et je la vis se diriger vers son placard pour en sortir une première bouteille. « allez, nous allons fêter ta visite, juste un p’tit verre ! » me dit-elle…
J’eus droit bien à ses reproches sur le fait que je l’avais quittée d’un coup puis, elle ma raconta un peu sa vie de femme mariée et de mère, et j’eus aussi droit à l’histoire de son divorce dont elle me cachait sans doute les causes réelles.
Une heure après, la bouteille était vide
Je lui ai dit de se taire ! Plus elle parlait, plus elle buvait ! mais partie sur sa lancée, elle alla chercher une autre bouteille.
Puis, elle me raconta son village, les gens qui traversaient le trottoir lorsqu’ils l’apercevaient au loin, les commerçants qui ne voulaient plus la servir, les enfants qui se moquaient d’elle et ses propres enfants qui, eux aussi, étaient partis depuis longtemps et ne venaient plus là voir.
Je lui ai dit de se taire : la deuxième bouteille était vide !
« Encore un p’tit verre ! je suis tellement contente de te voir » me dit-elle. Et elle embraya sur sa solitude.
Le vide de sa vie ressemblait à l’intérieur des trois bouteilles désormais vides posées sur la table, un néant translucide et si lourd de tristesse.

