L'ombre des mots, le chic des photos

Mots légers, mots profonds qui s’enlacent, se conjuguent, se disent, s’écoutent, se parlent, se taisent, se perdent Photos de l'extérieur, photos de l'intérieur...

28 décembre 2007

INVITATION SURPRISE

Consigne 60, Paroles Plurielles

Ecrire un monologue intérieur de quelqu'un qui doit prendre une décision, et qui ne parvient pas à se décider, en utilisant des mots "toc" (tout-à-fait... quelque part... effectivement... pas de souci... que du bonheur... c'est trop... j'ai envie de dire... oui mais non... y pas photo)

Et toc ! me voilà encore entre deux eaux. Je m’étais pourtant dit que je ne la reverrais ja-mais !

Mais sans doute qu’à un moment où un autre ça arriverait, qu’elle voudrait qu’on se rabiboche.  Il va bien falloir maintenant que je me décide ! Irais-je, n’irais-je pas ? Allez, je vais me faire la fameuse liste, celle du pour, celle du contre…. Evidemment, je me connais, je vais argumenter toutes celles qui iraient bien dans la liste « pour » et les agrémenter d’un petit inconvénient pour la refourguer dans l’autre liste ! mais bon, pas de souci, ce coup-ci,  je vais essayer d’être vraiment honnête, le jeu en vaut la chandelle.

Les fêtes de fin d’année sont bien les seules réunions où toute la famille peut se retrouver mais quand même ! Elle n’a pas donné signe de vie depuis au moins dix ans, après cette fameuse histoire.

Après tout, je n’y étais pour rien moi, ce n’est pas moi qui lui ai piqué son mec ! ma cousine en plus !

Oui mais non, après tout, je ne dois rien à personne même si  tout cela part d’une bonne intention

Oh non, franchement, c’est trop ! Je n’arrive pas à me décider…pourtant, le temps à passé, mais au fond de moi je sens bien que je lui en veux encore….

mais faut bien que je me l’avoue, cette invitation me fait quand même bien plaisir …et puis quelque part,  j’ai bien envie de revoir Marc aussi et de connaître le petit Jérôme. Ce p’tit bout de chou, ça ne doit être rien que du bonheur…

.. quand même, j’hésite ! elle pourrait penser que je lui ai entièrement pardonné….

Allez , y’a pas photo. Faut que je ravale ma rancœur.  J’y vais.  Après tout y’a que les cons qui ne changent pas d’avis


Posté par Brie à 19:13 - Exercices d'écriture - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 décembre 2007

Trahison Indécente

Consigne 59 – Paroles Plurielles

Ecrire une lettre sur le thème de la jalousie, sans utiliser la lettre U
Seuls « tu » et « vous » sont autorisés

Gaston,

Je me sens si dépitée face à cette indécence. Je n’ai pas l’envie ni la force de t’affronter.
Je préfère t’écrire cette missive, exorciser ma colère par les mots.

Tu m’as trompé !  Tu m’as trompé ! à 87 ans ! te rends-tu comptes ? après tant d’années passées ensemble ! Comment as-tu fait ? Comment as-tu osé ? Est-ce même pensable ? encore hier tu disais n’aimer  !

Je sais : le dernier bal !  cette petite vieille  virevoltait sans arrêt, près de notre table,  son  pas boitillant, ses tifs filasses complètement emmêlés.

J’avais constaté tes petits regards délavés d’envie dirigés vers elle.

Tu appréciais tant ma tignasse épaisse et frisée, tu me disais encore ma joliesse. Comment as-tu été attiré par cette vieille, laide et célèbre dans le village par ses  manières dépravées ?

J’avais observé tes petits regards émerveillés comme si tu avais rencontré la Miss Monde.  Je te connais comme ma poche. Je te connais  par delà l’extrémité de tes ongles que tu ne tailles jamais bien , me blessant  alors que vient le moment de se mettre dans les draps !

Tu a pensé: personne ne s’en apercevra ! Ne connais-tu pas  la Georgette ? elle passe son temps derrière ses voilages. De sa fenêtre, les iris exorbités par l’effarement, elle n’a cessé de fixer ce simili-ménage passant devant elle, se tenant par la main, sans gêne, se demandant si elle ne devenait décidément pas folle.  Evidemment, dans la seconde, elle venait m’avertir, encore hésitante se demandant si ses mirettes ne l’avaient trahie !

Même encore à l’instant je n’arrive pas à y croire, mais tu m’as déshonorée et jamais je ne te pardonnerais cette trahison. J’ai déjà fait mes valises. Je pars.  Tu ne me reverras pas ! Mon pôvre Gaston, tu devras désormais  faire ta popote et repriser ton linge.

Moi, j’ai 82 ans et encore de belles années à vivre !


Posté par Brie à 11:26 - Exercices d'écriture - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 décembre 2007

Les Croissants chauds

Paroles Plurielles, consigne 58

L'incipit  "Je n'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin"

Les croissants chauds

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. J’aurais dû m’en douter. Aujourd’hui, nous sommes Dimanche et une fois de plus, la patronne m’a envoyé en urgence consigne_58___14_novembreacheter les croissants chauds. Le samedi soir, Madame reçoit son Amant. Ah celui-là, le moins qu’on puisse dire, c’elle qu’elle l’adore. Elle est aux petits soins avec lui et chaque dimanche matin , il a droit à son petit déjeuner au lit, avec croissants chauds, jus d’orange et tout le tra la la.. Quelques fois, elle m’envoie même cueillir une fleur au jardin qu’elle dispose amoureusement dans un petit vase sur son plateau.
Si elle s’apercevait des petits clins d’œil qu’il me lance en coin, elle en deviendrait folle !!

En attendant, une fois de plus, il a fallu que je mette mes chaussures en vitesse, mon manteau et que je cours à la boulangerie. Cette même boulangerie qui m’oblige à traverser cette place, triste et plate, traversée de courants d’air, dans la grisaille d’un matin tout juste levé.

Non, seulement je dois marcher vite pour l’aller mais presque courir pour le retour : il faut que les croissants restent chauds,  alors qu’il suffirait d’un petit passage au four. Mais non « ils ne sont plus aussi croustillants » me rétorque t’elle, avec ce petit sourire ironique que  j’abhorre.

Et chaque fois, je suis étonnée d’apercevoir tous ses gens se promenant de si bon matin ! Ah s’ils faisaient du ménage toute la journée comme moi, le Dimanche, ils feraient la grasse matinée !

Et me voilà, chaussée de ces mocassins souples, ceux que j’utilise lorsque je dois nettoyer les pièces de moquette,  ces mocassins qui laissent traverser la froideur et me gèlent les orteils. Et dire qu’en plus, je n’en ai pas d’autre paire. Il me faudra les laver et les sécher avant l’après-midi pour nettoyer les chambres ! Mais pourquoi ne me suis-je pas rappeler qu’elle me faisait le coup tous les Dimanches ? J’aurais enfilé mes bottes même avant son injonction !

Heureusement, demain c’est lundi…


Posté par Brie à 10:56 - Exercices d'écriture - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 octobre 2007

LE VIEIL HOMME

Dernière phrase : "il lui donna solennellement les clés de la maison"

Le vieil homme s’arrêta en haut des marches. Il était tellement essoufflé qu’il dût se tenir immobile un bon moment pour reprendre sa respiration qui jour après jour devenait de plus en plus sifflante. Il se soutint au pommeau de la rampe d’escalier en avalant avec douleur de grandes goulées d’air. En ces instants, il avait toujours cette horrible sensation que son torse était une torche en feu.

consigne_55Il se dit que décidément il devrait s’éviter ce genre d’exercice qui l’épuisait littéralement. Et Anna, sa femme bien aimée, qui n’était plus là pour lui prendre la main, le soutenir !
A quoi cela sert-il ? se demanda t’il. Pour quelle raison s’échiner à cette petite promenade journalière que lui avait conseillé son médecin,  au terme de laquelle il avait l’impression d’avoir du coton à la place des muscles, un brasier à la place des poumons et ses os qui s’entrechoquaient comme si son squelette était en train de se désarticuler ? Pourquoi continuer à résider seul dans cette grande demeure abandonnée de tous ?
Même les domestiques, au bout de quelques mois de salaires impayés, étaient partis.

Il fit quelques pas et s’écroula sur le banc qu’Anna avait fait installer en haut des marches. Ce même banc, où chaque soir, ils s’installaient ensemble pour admirer le jardin de fleurs qu’elle aimait tant, les troènes que leur jardinier s’était amusé un jour à tailler en forme d’animaux géants, et au loin ce magnifique paysage de forêt où quelquefois ils apercevaient tantôt un écureuil, tantôt un chevreuil qui passait tranquillement sans se soucier d’eux. Il se souvint qu’à ces moments là, tous deux se regardaient d’un air complice et ne disaient pas un mot pour prolonger cet instant de bonheur.

« Oh tendre Anne, il me tarde tant de venir te rejoindre » pensa t’il. Ses souvenirs le laissaient toujours triste et encore plus seul.
Comment pouvait-on être plus seul que seul ? Encore une question qu’il se posait souvent.

Perdu dans ses réflexions, il n’entendit pas arriver la voiture de son fils qui, comme tous les premiers dimanches du mois venait lui rendre visite. En l’apercevant au bas de l’escalier, il sursauta comme s’il avait vu un fantôme. Pourtant, il se dit que François arrivait à point nommé. Sa décision était prise : ce soir, il ne brancherait pas son appareil à oxygène. Il avait tant envie de serrer de nouveau Anna dans ses bras que cette idée lui amena un sourire qui illumina d’un coup de jeunesse son visage jusqu'alors terne et ridé.

Il sortit de sa poche le trousseau, se leva, fit quelques pas en direction de François qui gravissait les dernières marches. Il l’embrassa et le regardant droit dans les yeux, il lui donna solennellement les clefs de la maison.


Posté par Brie à 14:40 - Exercices d'écriture - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 octobre 2007

Paroles Plurielles, consigne 54

consigne_54Incipit : "je lui ai dit de se taire"

LE VIDE DE LA SOLITUDE

Je lui ai dit de se taire. Ça faisait dix ans, jour pour jour, que l’on ne s’était pas revues. Je mijotais ma venue à la date précise de ce jour où je l’avais menacée de ne plus la voir..

Ce fut la rupture d’une amitié d’enfance, la fin de nos crises de rire, de nos joies.

Je pensais souvent à elle, à nos fous rires, à notre connivence d’alors et intérieurement, je me disais et j’espérais de tout mon cœur qu’elle se serait détachée de cet horrible vice qui vous ronge le corps et l’âme. Je voulais en avoir le cœur net

Quoi de plus sûr que de lui offrir quelques liqueurs que j’avais confectionnées moi-même ?

J’arrivais chez elle en milieu de matinée et la surprise passée de nos retrouvailles, nous nous installâmes dans sa petite cuisine. Je souris en la voyant ranger les bouteilles. Je pensais alors que j’avais eu raison d’espérer.

Nous parlâmes de choses et d’autres, insignifiantes au début, comme souvent lorsque l’on se revoit après de longues années de séparation. Puis, elle commença à ma raconter sa vie et je la vis se diriger vers son placard pour en sortir une première bouteille. « allez, nous allons fêter ta visite, juste un p’tit verre ! » me dit-elle…

J’eus droit bien à ses reproches sur le fait que je l’avais quittée d’un coup puis, elle ma raconta un peu sa vie de femme mariée et de mère, et j’eus aussi droit à l’histoire de son divorce dont elle me cachait sans doute les causes réelles.

Une heure après, la bouteille était vide

Je lui ai dit de se taire ! Plus elle parlait, plus elle buvait ! mais partie sur sa lancée, elle alla chercher une autre bouteille.

Puis, elle me raconta son village, les gens qui traversaient le trottoir lorsqu’ils l’apercevaient au loin, les commerçants qui ne voulaient plus la servir, les enfants qui se moquaient d’elle et ses propres enfants qui, eux aussi, étaient partis depuis longtemps et ne venaient  plus là voir.

Je lui ai dit de se taire : la deuxième bouteille était vide !

« Encore un p’tit verre ! je suis tellement contente de te voir » me dit-elle. Et elle embraya sur sa solitude.

Le vide de sa vie ressemblait à l’intérieur des trois bouteilles désormais vides posées sur la table, un néant translucide et si lourd de tristesse.


Posté par Brie à 11:27 - Exercices d'écriture - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 août 2007

Paroles Plurielles, consigne 52

Incipit " Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l’exacte vérité"

consigne_52

Ruinée !

Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l’exacte vérité.

Elle avait tenu à ce que je sois parmi les passagers de ce premier trajet, moi, son homme de mains, son bras droit.

Sa participation à la construction de ce train, elle le pensait,  redorerait le blason de la famille,  paierait les faramineuses dettes de jeux  de Monsieur Le Marquis, renflouerait les comptes. Elle y croyait tellement, qu’elle avait investi jusqu’aux bijoux qui faisaient la fierté de la famille depuis des générations.

Pour l’occasion, elle avait même acheté  un téléphone portable afin que je la tienne régulièrement au courant de mes impressions, et les deux jours précédents, nous nous étions penchés tous les deux, sur la notice d’emploi de cet appareil si compliqué.. Mais je restais sceptique. Ne va t’elle pas le perdre ? un appareil si petit…Saura t’elle décrocher pour m’entendre ? .. à 86 ans, la Marquise était encore alerte mais quelquefois, elle n’avait plus toute sa tête, et souvent n’entendait même pas les sonneries du gros téléphone noir, réglées au maximum, et qui vibraient si puissamment dans l’immense hall du château.

J’en étais là, perdu dans ces réflexions, assis sur cette banquette de cuir rouge, lorsque un homme vient s’asseoir en face de moi. Un homme, à l’allure austère, vêtu de gris des chaussures au chapeau, une attaché-case à la main, un journal plié dépassant d’une poche de son costume.

Il se trémoussait sur sa banquette, comme pour en ressentir la dureté, il inspectait de ses yeux sombres la cabine, du plancher au plafond, jusqu’à tester le système d’ouverture des vitres. De temps en temps, il jetait un œil sur le paysage qui ne semblait pas l’intéresser.

Au bout d’un moment, il se présenta et  je l’entendis me dire « et bien, moi qui croyait que ce nouveau train était la découverte de l’année ! Regardez comme ces banquettes sont dures et cette couleur  ! Horrible !  Sans parler  de ce système d’ouverture de fenêtres. Toujours les mêmes. Le pauvre quidam qui ne mesure pas au moins 1 m 80 ne peut pas l’ouvrir…Et la vitesse ?  vous trouvez qu’il va plus vite que les autres ? Je passe ma vie à voyager, Monsieur, et à voyager en train et bien, je peux vous l’affirmer, celui-ci ne vaut pas plus qu’un autre et celui qui l’a  réalisé n’entrera pas dans le siècle… »

Ces paroles me piquèrent comme un coup de fouet d’orties fraîches. J’appelais aussitôt Madame La Marquise pour lui faire part des réflexions que je venais d’entendre.  Elle ne voulut pas le croire mais, pourtant, ce que je venais de dire à la vieille Marquise de Ruy était l’exacte vérité. Elle était définitivement ruinée.


Posté par Brie à 10:56 - Exercices d'écriture - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 juillet 2007

paroles plurielles, consigne 51

Incipit : "la surprise est de taille"

consigne_51

Retour aux sources

La surprise est de taille

Je viens de la croiser et lorsque nos regards se sont fixés, ce fut comme un éclair zébrant la case mémoire de mon cerveau. Toutes les images de notre enfance se sont étalées devant mes yeux, comme les séquences d’un film.

C’était mon amie, ma sœur, ma confidente.

Nos familles vivaient sur le même palier, du même HLM, de la même cité.
Dans cette banlieue où tous les immeubles se ressemblent. Tags sur les murs, boîtes aux lettres défoncées, porte d’entrée dont les carreaux explosent régulièrement par les ballons de foot lancés par les gosses qui n’ont pas de terrains de jeux pour se défouler.
Les journées se succédaient aux journées, toutes les mêmes mais chaque matin était pour nous un moment de joie.
Le matin, la cavalcade des cinq étages pour savoir qui arriverait la première en bas, puis l’école, les récrés, les copines, les jeux.

Nous étions heureuses, nous avions toute la vie devant nous et tellement d’espoir.
Vers 19 h,  les mères appelaient leur progéniture pour le dîner du soir, en étendant leur linge aux séchoirs des fenêtres. Nous aimions ce moment où notre immeuble, pour quelques heures,  devenait un théâtre de  couleurs.
Dans l’insouciance de notre jeunesse, cette vie nous la traversions comme dans un rêve
Nous avions exactement le même âge, à quelques jours près et étions inséparables. Mais surtout, nous avions le même rêve : devenir danseuse et bien sûr,  le moment que nous attendions toujours avec la même impatience était l’heure de notre cours journalier de danse.
Là, nous n’étions plus de simples petites filles, nous étions des « étoiles ». Comme un certain Aznavour l’a chanté, nous nous voyions déjà en haut de l’affiche.
Un beau matin, son père apprit qu’il était muté. Ils avaient donc déménagé et nous nous étions quittées les larmes aux yeux en nous promettant de nous écrire toujours. J’avais été triste pendant de longs mois de cette séparation mais j’étais contente pour elle, car je savais que dans leur nouvelle ville existait une école préparatoire pour l’Opéra de Paris. Je me consolais en pensant qu’elle pourrait réaliser son rêve..

Dix ans après. La surprise est de taille. Elle est là, devant moi.
Toujours aussi svelte, en tenue de jogging,  elle marche d’un pas tranquille sur les pavés de ma rue.

Petit rat dans le ballet de la valse des chômeurs.


Posté par Brie à 11:06 - Exercices d'écriture - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 juillet 2007

Paroles Plurielles, consigne 50

« Raconter une petite histoire, avec les petits bouts de phrase suivants qui se retrouveront dans l'ordre dans votre texte:
- Elle est debout (incipit)
- Que se passe-t-il?
- C'est un parti pris
- Des affreuses chaussettes de couleur verte
- Et ce jour-là, le soleil s'est levé comme d'habitude(dernière phrase) »

plage4

Une journée à la mer

Elle est debout, au milieu de son petit appartement.

Ce matin, une envie subite, comme un besoin impérieux de changer d’air, de sentir l’iode, de se laisser caresser par le vent du large, d’entendre le cri des mouettes, de se chauffer à la chaleur vivante du soleil. Elle a toujours aimé la mer, marcher pieds nus sur le sable le long de ses plages infinies.

Que se passe t’il ? se demande t’elle. Pourquoi aujourd’hui ?

Mais il fait si beau, et aujourd’hui, elle a tant besoin d’autre horizons.
Comme une nécessité absolue sans quoi elle ne pourrait plus avancer.

C’est décidé, elle part !

Dommage elle ne peut pas joindre sa meilleure amie pour lui proposer d’être de cette escapade d’un jour. Elle n’a pas de portable. C’est un parti pris. 

Elle prépare son sac à dos, maillot de bains, serviette, chapeau. Elle sourit intérieurement de cette tendance qu’elle a toujours à prévoir le pire, ce qui ne l’empêche pas d’y insérer aussi un pull et des affreuses chaussettes de couleur verte qu’elle adore, au cas où le temps changerait subitement.

Les yeux pétillant de joie, le cœur léger à l’idée de cette belle journée qui s’annonce,   elle chante sa vie et en montant dans son auto, elle pense« et ce jour-là, le soleil s'est levé comme d'habitude ».


Posté par Brie à 11:06 - Exercices d'écriture - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 juillet 2007

HAINE ROUGE

8870841_pJe crois bien que j’ai attrapé un coup de soleil.

Je ne voulais pas y être moi, de cette virée à la mer. Ma peau si blanche, presque diaphane, n’est pas faite pour les rayons ardents du soleil d’été.

Mais les parents bien sûr n’ont pas voulu que je reste seule à la maison. Et maman m’a forcée à mettre cette robe rouge à fleurs blanches, que je déteste. Une de ses robes qu’elle a rafistolée à mes mesures. Ma mère, elle, adore le rouge et toutes ses nuances.

Elle a enfourné d’office dans mon sac un chapeau à larges bords, un panneau de crêpe, bien plié au fond d’un tiroir qui n’attendait que ce moment pour vivre sa vie, une serviette de plage bien trop petite.

Je me revois encore, étendue sur le sable brûlant, souffrant de la chaleur cuisante de ces ondes que l’on dit bienfaitrices, mon grand chapeau posé sur la tête, le paréo étalé sur mon corps, seuls les pieds dépassant du tissu soi-disant protecteur.

Et me voilà, rôtie comme un poulet, grillée comme une sardine, brûlée comme un arbre mort, torréfiée comme les grains de café du matin.

L’incarnat de ma chair est devenu le vermeil de mon sang. Un feu qui me brûle de milles picotements insupportables. Je ne suis plus que ce feu qui me dévore.

Ankylosée jusqu’à l’âme.

Ecarlate comme une tomate bien mûre.

Dermatosée. Aussi pourpre qu’un murex.

Et mes pieds, deux petites écrevisses tordues de douleur, comme ivres.

Je me regarde. Tristement. Mes joues empourprées du vermillon du cinabre. 

Assise, dans ce fauteuil carmin, engoncée dans ma robe coquelicot, mon corps tout entier se confondant dans cette masse abhorrée. Je n’ai qu’une envie, lacérer cette robe qui m’enclave, m’extirper de ce fauteuil dont le gluant rougeoiement m’éblouit d’une lumière spectrale. Muer de ce ton qui m’asphyxie. Anéantir ces rouges de la palette des couleurs.

Me refondre dans le cristallin de ma peau. 


Posté par Brie à 09:45 - Exercices d'écriture - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 juin 2007

Paroles Plurielles, consigne 49

Leçon de morale

consigne_49Le temps de vivre
Je vous le dis, vous, les femmes, les hommes qui passez

sans me voir, ou plutôt, qui faites semblant de ne pas me voir, vous aussi vous serez bien obligés de l’ouvrir cette porte et d’en traverser le seuil, et peut-être plus vite que vous ne le pensez !
Vous agissez comme moi, vous n’écoutez pas !
Vous vous dites que les leçons de morale sont inutiles !
et puis de toute façon que vous n’avez pas le temps !
Ce doit être dans le propre de l’être humain, ça, avancer, avancer, toujours plus vite, sans s’arrêter, sans regarder ce qui se passe autour de lui. Et les leçons de morale, on s’en tape l’œil , hein !
Mais, vous verrez, vous vous ferez avoir vous aussi !

Regardez moi ! Ecoutez moi ! Arrêtez vous un moment  ! J’étais comme vous avant. Je courais du matin au soir et puis un beau jour, arriva ce qui devait arriver : la crise cardiaque ! et croyez-moi, je n’ai pas eu le temps de comprendre….
Et je me retrouve ici, coincé, ne pouvant effectuer que des mouvements au ralenti et encore, quand je dis des mouvements ! Lever à moitié le bras me prend presque toute une matinée  ! et quel effort j’ai dû faire pour pointer le doigt vers vous, pour essayer de vous interpeller, vous, les femmes, les hommes qui ne voulez pas m’écouter.
Remarquez le temps, maintenant j’ai toute l’éternité pour  l’apprécier.

Je suis bien puni car savez-vous ce que je faisais avant : j’étais acrobate ! des heures et des heures d’entraînement.
Je jonglais avec la vie, avec ma vie. Comme vous !

Arrêtez vous ! Regardez-moi ! Ecoutez-moi ! Prenez le temps de vivre, prenez le temps de sourire,  prenez le temps d’admirer un coucher de soleil au lieu de vous abrutir devant la télé jusque pas d’heure, prenez le temps de dormir pour vous ressourcer, prenez le temps de vous promener dans la campagne, d’en humer les senteurs, d’écouter les oiseaux, d’admirer les beautés de la nature. Prenez 2 minutes de votre temps qui vous semble si sacré pour parler à votre voisin.

Prenez le temps de manger, de jouer, d’écouter vos enfants, de les aimer, de vous aimer, vous !
Arrêtez vous un instant et écoutez votre petite voix intérieure, celle qui vous dit qu’après il sera trop tard..


Posté par Brie à 09:03 - Exercices d'écriture - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2  3   Page suivante »