15 octobre 2009
Consigne d'Octobre "AU CLAIR DE LA PLUME"
Phrase finale
'Elle s'endormit le coeur léger"
Le retour
La vieille dame s’éveilla en sursaut. Non, elle ne rêvait pas. Ce matin, le vieux téléphone noir, muet depuis si longtemps, reprenait vie. Intriguée, elle se frotta les yeux, tendit de nouveau l’oreille. La sonnerie maintenant emplissait de sa sonorité stridente le grand vide du hall du manoir. Elle s’extirpa de la tiédeur de ses draps en frissonnant, se hâta d’enfiler sa robe de chambre, puis s’engagea lentement dans le grand escalier qu’elle empruntait rarement depuis que ses hanches la faisaient si souffrir. Elle descendit lentement, se tenant fermement à la rampe, l’espérance et le doute s’inter changeant dans ses pensées à chaque marche.
Se pourrait-il que ce soit lui ? se dit-elle, mais elle n’osait y croire…
Arrivée en bas, elle s’arrêta un instant pour reprendre son souffle puis se dirigea vers l’appareil. Elle posa une main tremblante sur le combiné et le porta à son oreille.
Un « allô ! allô ! » se fit entendre, si lointain qu’elle ne réussit pas à reconnaître la voix, puis elle n’entendit que des bruits de grésillements saccadés comme si la ligne téléphonique était heurtée de secousses électriques. Elle se rappela que l’installation n’avait pas été vérifiée depuis très longtemps.
D’un coup la voix se fit plus distincte. C’était bien lui ! ce fils qu’elle avait tant chéri et qui, un beau matin, était parti sans rien dire. Les souvenirs refluèrent à la surface de sa mémoire. Elle le revit bébé, sa naissance qui avait été la plus grande joie de sa vie, la chaleur de son petit corps contre le sien, puis enfant, si gai, si aimant, si plein de vie. Et tous ces jeux qu’il inventait continuellement et qui lui permettait, à elle, de garder son âme d’enfant. Elle se souvint que, tous les matins, comme un rite, il s’élançait dans le parc l’incitant à le chercher dans le labyrinthe que formaient la multitude de conifères. A cette époque, leur jardinier, artiste à ses heures, lui avait demandé la permission de sculpter les nombreux troènes du parc. On pouvait y admirer toutes sortes d’animaux mais elle aimait particulièrement cette femme alanguie, au visage bizarre pour laquelle il avait poussé l’extravagance de couper toutes les brosses des balais de la maison afin de lui confectionner une chevelure Puis en grandissant, son caractère se mit à changer. S’affermit. Il semblait étouffer, s’étioler dans cette ambiance confinée. Il rendait fou son percepteur car il voulait aller à l’école comme les enfants du village. Petit à petit, il s’enferma dans son monde, resta des heures durant dans sa chambre. Un beau matin, il disparut. Cela faisait combien d’années maintenant ? 30 ans ? 40 ans ? elle ne se souvenait plus. Mais demain il serait là – enfin ! elle aurait cette joie de le revoir, de le serrer dans cette bras, avant la fin qu’elle sentait toute proche… Cette émotion si forte l’avait épuisé et elle décida de retourner se reposer un peu. Elle remonta, s’allongea, un immense sourire traversant le flot de ses rides et pour la première fois depuis longtemps, elle s’endormit le cœur léger.
Comme la vie était gaie et insouciante à cette époque !
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