L'ombre des mots, le chic des photos

Mots légers, mots profonds qui s’enlacent, se conjuguent, se disent, s’écoutent, se parlent, se taisent, se perdent Photos de l'extérieur, photos de l'intérieur...

07 juin 2009

Je suis une maison

J’ai l’impression que, pendant des années, je me suis enfermée de moi-même dans une pièce étroite, mal éclairée, étouffante. C’était une solution volontaire, un renoncement, un refuge, devant mon impuissance.

Mon impossibilité d’être. D’être Moi. Le vrai, le profond, l’intime, le spirituel.

maisonCette pièce, c’est mon centre, mon ventre.

Je suis une maison.Mes jambes en sont la cave, ma tête le grenier.

Dans le grenier se trouve un vieille malle. Une pléthore d’araignées y ont dressé leurs toiles, tissées inlassablement aux fil des jours et des nuits d’oubli. Elles l’ont emprisonnée comme les gardiennes d’un trésor enfoui. Des petites souris blanches et grises lui ont grignoté le fond, jusqu’à en user le cuir. Des chats, eux, malicieux,  dans l’acuité de leur sens aiguisés, en ont pourtant bien trouvé le moyen par une petite ouverture entre deux tuiles mal alignées de s’introduire dans cette pièce oubliée. Ils possèdent encore, eux, cet instinct, cet élan qui les portent vers la nourriture vitale, même si celle-ci n’est qu’organique. L’autre leur est sûrement déjà acquise.

Ils s’y sont  lovés, les nuits froides et humides, en attendant les premiers rayons de l’aurore. Eux aussi, ont materné le contenu de la malle. Ils l’ont tenue au chaud dans le grenier sale et gris.

Son contenu, ces sont les mots qui n’ont pas été dits, les pensées qui n’ont pas été exprimées. Son contenu, c’est le refoulement. Je peux le toucher du doigt, à tous les étages de ma maison. Il ne reste pas à sa place, c’est tout. Il se loge dans la malle et attend patiemment.
La malle oubliée depuis si longtemps, s’atrophie, se recouvre d’une couche épaisse de poussières, alors qu’elle n’aspire qu’à s’ouvrir au  monde , à vivre au grand air au rythme du soleil et de la lune. Elle n’attend qu’un petit signe, un entrebaîllement, un rai de  lumière, pour s’élancer vers le jour. Il lui arrive même, de temps en temps, de se hausser légèrement sur la pointe des pieds pour rappeler à la maison toute entière sa présence. Mais souvent, ces signes-là, si ce n’est pas le moment, demeurent invisibles.

Et puis un jour, on ne sait pourquoi. Une minuscule brèche s’entrouve. Doucement. Dans un frémissement presque imperceptible pour qui n’y fait pas attention. Une brèche qui brise et déchire une à une les lattes du plancher, implorant de toutes ses forces invisibles, d’un élan impétueux, dans un langage timide mais péremptoire.

Et de cet interstice, si infime soit-il, émane une substance, qui comme une nourriture roborative,  m’insuffle une énergie nouvelle, apaisant mes doutes, mes ressentiments.
Comme si je me sentais plus lourde et plus légère à la fois.C’est comme si je respirais un air neuf,  revigorant, plus vivifiant. Comme si je pouvais, désormais,  aspirer dans toutes mes fibres les énergies cosmiques. Comme s’il était venu le temps de donner un nouveau sens à ma vie, une nouvelle dimension.Comme si, le lit vide de ma rivière, creusé depuis si longtemps, se remplissait petit à petit d’une eau claire et limpide, bienfaisante. Comme si j’étais l’univers, le soleil et la lune,  la terre et  ciel, les plantes et les animaux, le fini et  l’infini, le temporel et  l’intemporel, l’Un.

C’est un sentiment indéfinissable, difficile à transposer au mots. Ces mots qui me manquent.


Posté par Brie à 11:45 - Réflexions de Vie - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

la lumière

"on ne sait pourquoi, une minuscule brèche s'ouvre" dis tu. On ne sait pourquoi ?
Moi je sais.
La naissance d'Éva, ta petite-fille. C'est elle qui a fait entrer la lumière dans "ta maison" !
En plus Bridgeoune, quelle symbolique que ce prénom qu'elle porte, alors que ses parents en avaient choisi un tout différent ! tu sais ce que ça veut dire "Éva" ? en hébreu, c'est LA VIE ! la source de vie !!!
alors oui, maintenant que tu es "prête" à l'accueillir, la lumière est entrée dans ta maison, et même si ta malle est chargée et poussièreuse, maintenant que ta maison est illuminée, tu as tous les outils à disposition pour pouvoir procéder à des aménagements intérieurs, des aménagements enfin au plus proche de toi !
je t'embrasse, petite soeur :-)

Posté par ambre, 07 juin 2009 à 12:14

on a envie de vous laisser entre-vous à l'instant présent, par ton texte Brie (merveilleux) et par ton commentaire Ambre (poignant)!!!
bizz aux deux soeurs et à Eva !

Posté par willow, 07 juin 2009 à 20:34

mais non, Willow, il est hors de question de nous laisser tomber !!! hé, toi aussi tu fais partie de notre famille nounounesque !

Posté par brie, 08 juin 2009 à 10:47

enfin........ouf...une famille d'accueil pour me supporter ......

Posté par willow, 08 juin 2009 à 12:16

et la porte est grande ouverte...je penserais à toi en faisant mes gelées de raisin de vigne.........!!!

Posté par brie, 08 juin 2009 à 12:28

pauvr'Isa..

ahahahah et tu viens la narguer jusqu'ici !

Posté par ambre, 09 juin 2009 à 16:02

comme quoi !

..les voies du net sont toutes pénétrables....

Posté par brie, 09 juin 2009 à 18:06

La petite maison aux deux cadrans

Papi Carmel et mamie Annie …
« Papi et mamie, mais vous êtes deux bonbons… ! caramel et anis !! »

Nos quatre petits, rient, jouent, font des culbutes, des galipettes, des bagarres avec papi,
Jouent à cache cache dans le moindre recoin…
Mamie fait des crèpes et papi des arcs et des bâtons pour courir dans la forêt…
La vie est belle au cours des vacances scolaires dans la petite maison, aux 2 cadrans solaires…

La nuit les matelas recouvrent le sol, et le matin l’escalier de bois résonne des petits pieds qui courent pour arriver le premier au petit déjeuner.
Pâques, « les cloches sont passées les enfants … regardez , cherchez bien dans le petit jardin… »
Noël …la moitié de la petite pièce du rez de chaussée brille de multitude de lumières installées dans les maisonnettes en bois; chaque année le village s’agrandit : les santons, le manège aux chevaux de bois, les sapins recouverts de neige…sans oublier le petit train qui tourne tout autour emportant les jouets.
Le sapin quant à lui trône devant la petite maison, sous le préau …
L’année passée papi et mamie ont même fait installer une piscine en bois ; elle prend une grande partie du petit jardin, quel bonheur de s’ébattre dans l’eau !
Cette année 2008, que s’est –il passé ? Mamie est malade elle a perdu ses cheveux ?
Mais papi aussi ? Papi ne parle plus …
Tu te souviens papi nous disait « Mais il y a des mouches ici ! « c’était nous qui l’attaquions ! quelle joie de rouler avec lui à même le sol où sur le canapé ! »
Papi ne parle plus, papi a maigri, papi n’est plus …
Mamie nous a expliqué qu’il est parti dans un autre pays, oh pas loin, mais assez loin pour ne plus pouvoir le voir ni jouer avec lui.
La petite maison aux deux cadrans solaires est fermée, que s’est il passé ?
Mamie est venue dans notre maison, dans la chambre des amis.
Les cheveux de Mamie ont repoussé, parfois elle pleure, puis nous demande de l’excuser.

Posté par CARANNIE, 14 juin 2009 à 00:59

@ carannie

merci pour ce joli texte..émouvant..et plein de l'amour de la vie..

Posté par brie, 14 juin 2009 à 19:51

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