15 octobre 2009
Consigne d'Octobre "AU CLAIR DE LA PLUME"
Phrase finale
'Elle s'endormit le coeur léger"
Le retour
La vieille dame s’éveilla en sursaut. Non, elle ne rêvait pas. Ce matin, le vieux téléphone noir, muet depuis si longtemps, reprenait vie. Intriguée, elle se frotta les yeux, tendit de nouveau l’oreille. La sonnerie maintenant emplissait de sa sonorité stridente le grand vide du hall du manoir. Elle s’extirpa de la tiédeur de ses draps en frissonnant, se hâta d’enfiler sa robe de chambre, puis s’engagea lentement dans le grand escalier qu’elle empruntait rarement depuis que ses hanches la faisaient si souffrir. Elle descendit lentement, se tenant fermement à la rampe, l’espérance et le doute s’inter changeant dans ses pensées à chaque marche.
Se pourrait-il que ce soit lui ? se dit-elle, mais elle n’osait y croire…
Arrivée en bas, elle s’arrêta un instant pour reprendre son souffle puis se dirigea vers l’appareil. Elle posa une main tremblante sur le combiné et le porta à son oreille.
Un « allô ! allô ! » se fit entendre, si lointain qu’elle ne réussit pas à reconnaître la voix, puis elle n’entendit que des bruits de grésillements saccadés comme si la ligne téléphonique était heurtée de secousses électriques. Elle se rappela que l’installation n’avait pas été vérifiée depuis très longtemps.
D’un coup la voix se fit plus distincte. C’était bien lui ! ce fils qu’elle avait tant chéri et qui, un beau matin, était parti sans rien dire. Les souvenirs refluèrent à la surface de sa mémoire. Elle le revit bébé, sa naissance qui avait été la plus grande joie de sa vie, la chaleur de son petit corps contre le sien, puis enfant, si gai, si aimant, si plein de vie. Et tous ces jeux qu’il inventait continuellement et qui lui permettait, à elle, de garder son âme d’enfant. Elle se souvint que, tous les matins, comme un rite, il s’élançait dans le parc l’incitant à le chercher dans le labyrinthe que formaient la multitude de conifères. A cette époque, leur jardinier, artiste à ses heures, lui avait demandé la permission de sculpter les nombreux troènes du parc. On pouvait y admirer toutes sortes d’animaux mais elle aimait particulièrement cette femme alanguie, au visage bizarre pour laquelle il avait poussé l’extravagance de couper toutes les brosses des balais de la maison afin de lui confectionner une chevelure Puis en grandissant, son caractère se mit à changer. S’affermit. Il semblait étouffer, s’étioler dans cette ambiance confinée. Il rendait fou son percepteur car il voulait aller à l’école comme les enfants du village. Petit à petit, il s’enferma dans son monde, resta des heures durant dans sa chambre. Un beau matin, il disparut. Cela faisait combien d’années maintenant ? 30 ans ? 40 ans ? elle ne se souvenait plus. Mais demain il serait là – enfin ! elle aurait cette joie de le revoir, de le serrer dans cette bras, avant la fin qu’elle sentait toute proche… Cette émotion si forte l’avait épuisé et elle décida de retourner se reposer un peu. Elle remonta, s’allongea, un immense sourire traversant le flot de ses rides et pour la première fois depuis longtemps, elle s’endormit le cœur léger.
Comme la vie était gaie et insouciante à cette époque !
.
10 juin 2009
Le thym était en fleur
Au clair de la Plume - Consigne n° 5 du 1er Juin 2009.
»Vous y avez réfléchi depuis longtemps et vous vous êtes décidé : c'est ce pseudo là que vous avez choisi (ou que vous choisiriez) parce que ....Dites nous en 20 lignes maximum pourquoi ce pseudo vous a séduit et pas un autre, avec pour incipit :"depuis le temps qu’il me tourne dans la tête"
Le thym était en fleurs
Depuis le temps qu’il me tournait dans la tête ce pseudo, mais il faut dire que j’ai une patience inouïe ! mais surtout, je suis empreinte d’un grand sens de la contrariété. Cela vient sans doute de mon signe -et double et d’air. Et puis, je suis un homo erectus, j’adore marcher ! j’ai en moi cet instinct grégaire de la majorité du troupeau. Car c’est un fait reconnu : l’humain aime marcher. Surtout lorsqu’il a besoin de réfléchir.
Les tourbillons de pensées qui lui agitent l’esprit, dans la rengaine monotone du son de chaque pas, gauche-droite, gauche-droite, dans une sorte de danse organique, prenne une signification symbolique lorsqu’il met un pied devant l’autre, de façon harmonieuse -si possible.
Que l’on tourne en rond ou en carré, cela n’a aucune espèce d’importance. Tout est dans le rythme.
J’imagine que vous vous demandez ce que viennent faire ici ces élucubrations. (Nos élucubrations n’en sont souvent que pour les autres). La raison en est l’inspiration par la photo. Elle me correspond dans mon grand illogisme. J’en reviens à ma patience, interpénétrée de mon esprit contradictoire et de mon illogisme qui m’oblige à constater ce fait incontournable mais non pas moins réel : j’ai toujours tourné en rond en carré.
Et lorsque j’ai eu l’envie, il y a 3 ans, d’ouvrir mon blog, j’ai cogité pour dégoter d’un part, un nom qui corresponde à son « esprit » , qui, comme certain(s) le savent, porte sur la nature et les bricolages en tous genres – deux aspects qui sont parties intégrantes de mon être. Là, rien de bien compliqué : le diminutif de mon prénom Brie.. et la fin « collages » …oui, là, je l’avoue, je n’ai pas trop épuisé mes 2 neurones. Je ne pouvais pas trouver plus rapprochant ! Mais, mais,….vous me direz que la consigne concerne le pseudo.. J’y viens.. - mais du fait, je fais d’un rond un carré ou d’une pierre, deux coups- … donc, au bout de quelques heures de profondes réflexions…je me suis arrêtée dans un coin de mon carré, celui que je suivais inlassablement en tournant en rond, et mes yeux se sont portés tout naturellement par la fenêtre, l’appel de la nature, et qu’ai-je vu ? : le thym était en fleurs !!!
N’existe t’il pas une concordance plus profonde à l’imagination d’ un pseudo rapproché à un blog ? et une différence lorsque l’on recherche un pseudo plus intimement lié à notre personnalité « intérieure », sans le but de la création d’un site ?
07 juin 2009
Je suis une maison
J’ai l’impression que, pendant des années, je me suis enfermée de moi-même dans une pièce étroite, mal éclairée, étouffante. C’était une solution volontaire, un renoncement, un refuge, devant mon impuissance.
Mon impossibilité d’être. D’être Moi. Le vrai, le profond, l’intime, le spirituel.
Cette pièce, c’est mon centre, mon ventre.
Je suis une maison.Mes jambes en sont la cave, ma tête le grenier.
Dans le grenier se trouve un vieille malle. Une pléthore d’araignées y ont dressé leurs toiles, tissées inlassablement aux fil des jours et des nuits d’oubli. Elles l’ont emprisonnée comme les gardiennes d’un trésor enfoui. Des petites souris blanches et grises lui ont grignoté le fond, jusqu’à en user le cuir. Des chats, eux, malicieux, dans l’acuité de leur sens aiguisés, en ont pourtant bien trouvé le moyen par une petite ouverture entre deux tuiles mal alignées de s’introduire dans cette pièce oubliée. Ils possèdent encore, eux, cet instinct, cet élan qui les portent vers la nourriture vitale, même si celle-ci n’est qu’organique. L’autre leur est sûrement déjà acquise.
Ils s’y sont lovés, les nuits froides et humides, en attendant les premiers rayons de l’aurore. Eux aussi, ont materné le contenu de la malle. Ils l’ont tenue au chaud dans le grenier sale et gris.
Son contenu, ces sont les mots qui n’ont pas été dits, les pensées qui n’ont pas été exprimées. Son contenu, c’est le refoulement. Je peux le toucher du doigt, à tous les étages de ma maison. Il ne reste pas à sa place, c’est tout. Il se loge dans la malle et attend patiemment.
La malle oubliée depuis si longtemps, s’atrophie, se recouvre d’une couche épaisse de poussières, alors qu’elle n’aspire qu’à s’ouvrir au monde , à vivre au grand air au rythme du soleil et de la lune. Elle n’attend qu’un petit signe, un entrebaîllement, un rai de lumière, pour s’élancer vers le jour. Il lui arrive même, de temps en temps, de se hausser légèrement sur la pointe des pieds pour rappeler à la maison toute entière sa présence. Mais souvent, ces signes-là, si ce n’est pas le moment, demeurent invisibles.
Et puis un jour, on ne sait pourquoi. Une minuscule brèche s’entrouve. Doucement. Dans un frémissement presque imperceptible pour qui n’y fait pas attention. Une brèche qui brise et déchire une à une les lattes du plancher, implorant de toutes ses forces invisibles, d’un élan impétueux, dans un langage timide mais péremptoire.
Et de cet interstice, si infime soit-il, émane une substance, qui comme une nourriture roborative, m’insuffle une énergie nouvelle, apaisant mes doutes, mes ressentiments.
Comme si je me sentais plus lourde et plus légère à la fois.C’est comme si je respirais un air neuf, revigorant, plus vivifiant. Comme si je pouvais, désormais, aspirer dans toutes mes fibres les énergies cosmiques. Comme s’il était venu le temps de donner un nouveau sens à ma vie, une nouvelle dimension.Comme si, le lit vide de ma rivière, creusé depuis si longtemps, se remplissait petit à petit d’une eau claire et limpide, bienfaisante. Comme si j’étais l’univers, le soleil et la lune, la terre et ciel, les plantes et les animaux, le fini et l’infini, le temporel et l’intemporel, l’Un.
C’est un sentiment indéfinissable, difficile à transposer au mots. Ces mots qui me manquent.
18 avril 2009
Le sculpteur
Au clair de la Plume - Consigne n° 3 du 1er avril 2009
En vous inspirant de la photo, imaginez une histoire relative à cette fête… Incipit : « Il y a des moments dans la vie où il faut savoir s'éclipser avec dignité »
Le sculpteur
Il était une fois, il y a bien longtemps, vivait un vieil homme qu’on appelait David aux mains d’or. Il portait pour tout vêtement, une tunique rouge trouée de toutes parts, seul héritage de son père et de non moins vieilles chausses qui n’avaient pratiquement plus de semelle mais dans lesquelles il se sentait si bien qu’il avait l’impression de marcher toujours sur des nuages. On le voyait déambuler dans les rues de la cité, la marche titubante et les yeux hagards. Il portait une longue barbe hirsute et grisonnante, un ventre proéminent dû à sa consommation pléthorique de pintes - fait qui étonnait toujours ses congénères – qui eux mêmes en ingurgitaient une quantité sans nombre. Ses journées étaient marquées désormais par de longues beuveries, durant lesquelles, quelquefois, ils regardaient ses mains – qui autrefois avaient fait de si belles œuvres et qui, maintenant, lui apparaissaient comme des poids morts, des pierres qui n’avaient même pas l’aisance d’enlier briques après briques, de créer un mur – entrecoupées de lourds sommes comateux Il baignait depuis déjà trop longtemps dans la page blanche du sculpteur.
Un jour, au petit matin, alors qu’il rentrait brinde-zingue d’une joyeuse énième nuit de bacchanales , au croisement d’une rue il butta sur une veille femme. La mendiante avait la tête baissée et semblait somnoler. Elle était emmitouflée dans une grande cape blanche qui jurait avait la noirceur de sa peau.
Près d’elle un enfant en haillons s’amusait avec des cailloux. A la vue de l’homme, l’enfant lâcha ses jouets improvisés pour attraper la sébile vide et la tendre d’un bras maigrichon. La femme sans doute réveillée par le bruit, leva la tête et planta son regard limpide dans celui de David, qui en fut comme transpercé. Elle était d’une étrange beauté. Son visage était parcouru de rides qui couraient et se chevauchaient dans tous les sens mais on les y sentait si tranquilles comme porteuses d’une sève de sagesse. Elle avait les yeux multicolores, des pointes du vert couleur huître de la mer par temps calme, du bleu céruléen du ciel un jour d’été, l’éclatant violet de la mauve sauvage, un océan de lumière dans lequel il décela tout l’amour du monde.
Il ressentit d’un coup, dans tous ses sens, comme une douleur térébrante, un sentiment qui l’avait abandonné depuis bien longtemps, cette certitude qu’il venait de ressentir, à nouveau, ce violent désir, cette merveilleuse envie de créer. Il sut à cet instant qu’il revenait à lui-même, que l’extraordinaire aventure d’exister venait à nouveau de l’habiter tout entier, dans une plénitude bienfaisante. Tous ces doutes, toute sa vulnérabilité s’envolèrent d’un coup. Les jours et les mois qui avaient précédé cette minute divine lui semblèrent faire partie d’une autre vie.
Il s’agenouilla devant eux, posa une pièce d’or dans la sébile – la seule qu’il possédait encore - et leur proposa, d’une voix aussi douce que possible pour ne pas les effaroucher, une paillasse dans un coin de son logis qui lui servait aussi d’atelier.
Il ne lui fallut pas plus d’une journée pour re-basculer de l’autre côté, celui de la créativité. Sitôt contaminé, il eut de plus en plus de mal à se passer d’elle. Le jour, il ne se lassait d’admirer sa beauté, d’effleurer son corps charnu afin de s’en imprégner totalement, intimement - afin que ce corps et ses mains ne soient plus qu’un, dans une osmose totale. La nuit, ses mains, empreintes des courbes tant caressées, sculptaient avec une aisance exponentielle.
Et puis un beau matin, dans le courant du 3ème mois de l’An 1748, la statue fut finie. Elle trônait au milieu du minuscule atelier et remplissait tout l’espace. David décida d’en faire cadeau au Roi qui la fit porter dans le parc de la ville, pour un hommage au grand sculpteur oublié mais qui avait eu son heure de gloire.
David s’en réjouit car ainsi tout un chacun pourrait caresser la matière chaude de la pierre et s’imprégner d’une partie de l’amour qui l’avait porté à cette création.
Quelques jours plus tard, le 1er avril, alors qu’ils traversaient le parc, pour aller faire joyeusement ripailles en l’honneur de cette fête, l’enfant qui trottinaient derrière eux, humecta subrepticement un poisson qu’il avait découpé en cachette et le colla sur le fessier rebondi. Le papier était rose mais tant pis, il n’avait trouvé que celui là et lui aussi voulait, à sa façon, participer à la fête.
David aux mains d’argent souriait, empli de gratitude devant cette femme qui avait sût éclairer son esprit-cœur, devant l’innocence naturelle de cet enfant devenu sien, devant la statue immortalisée.
Il savait qu’elle serait son ultime œuvre, la consécration de sa vie et se dit intérieurement qu’il y a des moments dans la vie où il faut savoir s’éclipser.
10 mars 2009
La famille Quatregé
Au clair de la plume – consigne n° 2 du 1er Mars 2009
S’inspirer de cette photo de Gilbert Garcin « la veillée » (photo 1er mars).
Phrase finale "Ils vieilliraient ensemble".
La famille Quatregé
Ce soir encore, il s’était sauvé.
Ils se rappelaient lorsqu’ ils avaient reçu ce cadeau vraiment inattendu. Gilberte, leur fille, en arrivant la veille, leur avait lancé avec une expression énigmatique « cette année, j’ai eu envie de vous faire une surprise, une vraie ! de celles dont on se souvient longtemps. Vous verrez ! ». Puis, elle était montée rapidement à sa chambre, un carton à chaussures caché dans son dos.
Toute la nuit, à travers la cloison, ils avaient bien entendu de drôles de couinements et leur fille qui chuchotait comme si elle se parlait toute seule. Ils avaient partagés des regards étonnés en se disant que décidément, leur fille était vraiment une originale - puis s’étaient endormi, épuisés de leur journée, comme chaque soir.
Le lendemain, Gertrude s’était levée à 5 H et avait eu, la première, la surprise de la boîte à chaussure entourée d’un beau ruban, posée sur la grande table de la cuisine recouverte d’une toile cirée à gros carreaux noirs et blancs.
Elle n’y avait pas touché. En ce jour, elle attendait que Gontran arrive à son tour pour qu’ils découvrent ensemble ce cadeau qui devait marquer à tout jamais ce jour de leur 60ème anniversaire de mariage.
« A tout jamais », elle ne pensait pas si bien dire…
Elle commença à s’affairer et à préparer les œufs brouillés du petit déjeuner.
Gontran arrivait. Son pied droit lourd, comme d’habitude, qui faisait grincer une marche sur deux. Gilberte, qui avait entendu leurs pas, descendit discrètement et resta debout sur le seuil de la porte, sans faire un bruit. Pour rien au monde,elle n’aurait raté cet instant.
Elle observait ses parents d’un air attendri. Ils se penchaient sur la boîte. Chacun sa tâche, Gertrude enleva délicatement le ruban et Gontran souleva le couvercle - et là, quelle ne fut leur surprise !
Comme il était mignon ! Il avait un petit museau tout blanc qui reniflait sans cesse comme pour s’imprégner de leurs odeurs, des yeux malicieux qui les fixaient comme pour enregistrer leurs visages. Il se trémoussait, agile comme une anguille et sans plus attendre se mit à lécher leurs mains. Il sautilla sur la table, s’allongea sur le dos pour recevoir la première caresse de bienvenue sur son ventre rose.
Et puis, il lanca un petit pet. Gontran, étonné mais cependant joyeux, s’écria « on va l’appeler Gaspar ! »
Gertrude, elle, recula d’un pas, surprise, mais en même temps fusa en elle une pensée de jalousie. Elle savait que Gontran avait toujours rêvé d’avoir un chien…elle devrait désormais partager la tendresse qu’elle sentait déjà dans le cœur de son mari, pour ce petit animal qui entrait tout juste dans leur vie !
Et ce soir encore, il s’était sauvé. Bien sûr, il reviendrait comme toujours. Cela faisait 12 ans maintenant qu’il partageait leur vie. En âge d’homme, il avait 84 ans, comme Gertrude quand ils avaient reçu le chiot !
Ce soir encore, ils s’étaient assis face à face, avait sorti un sablier que Gontran avait inventé, un soir d’impatience : un grand doseur et un énorme entonnoir retourné. Ca avait toujours marché : le chien rentrait avant que tout le sable ne se soit écoulé. Faut dire qu’il était gros ce sablier improvisé ! Gontran pianotait d’un geste impatient et d’un coup, se mit à sourire, réconforté par la pensée qui venait de lui traverser l’esprit car il était sûr au moins d’une chose, tous les trois : ils vieilliraient ensemble.
10 février 2009
TRAHISON
AU CLAIR DE LA PLUME - Consigne N° 1 du 1er Février 2009
S'inspirer de cette peinture de Richard Hamilton. Insérer dans le corps du texte, la phrase "Comment allait-elle lui dire ?"

Ses nuits n’étaient plus que cauchemars et sueurs froides.
Il fallait qu’elle prenne sa décision.
Il fallait en finir.
Ce matin là, elle s’était levée à l’aube. Elle avait pris sa douche, s’était assise un instant sur son canapé en pensant à la journée qui l’attendait. Puis, elle s’était préparé un grand café noir qu’elle sirotait à petites gorgées, debout devant sa porte-fenêtre, en regardant les premières lueurs du soleil levant, spectacle qui d’habitude lui amenait un grand sourire de joie dans le cœur et lui donnait une pêche d’enfer.
Aujourd’hui, elle resta de marbre. Elle s’habilla rapidement, ne prit même pas la peine de se maquiller, attrapa les clés de sa voiture et sortit en coup de vent.
Il ne lui fallut pas plus de dix minutes pour arriver au siège de la société. Elle regarda sa montre.
Il n’était que 7 H 30. Le bureau serait vide à cette heure matinale.
Pour commencer, elle avait quelques décisions logistiques à prendre. Elle commença par allumer son ordinateur et vida entièrement le contenu de son disque dur. C’est sûr, il aurait une sacré surprise ! puis elle décida de vider entièrement son bureau. Elle alla chercher deux cartons stockés dans le cagibis réservé aux personnes de service et commença à y ranger le contenu de son bureau. Elle s’activa consciencieusement, avec des gestes vulnéraires, comme si son avenir en dépendait, et sans doute était-ce le cas. Elle ne laissa même pas traîné un stylo sur sa table de travail. Elle hésita un moment à emporter le magnifique tableau qu’il lui avait offert, mais pour finir le laissa à sa place. Elle ne voulait rien emporter de lui.
Elle descendit, non sans mal, les lourds cartons dans le coffre de sa voiture et remonta toute essoufflée vérifier qu’elle n’avait rien oublié.. Elle s’arrêta au milieu du local, pensive, tout en jetant un regard circulaire sur ce lieu dans lequel elle avait passé auprès de lui tant d’années. Perdu tant d’années, plutôt, pensa t’elle.
Elle avait été si naïve, si bête de croire qu’il pouvait s’intéresser à elle, autrement que pour ses compétences et le fait qu’elle était toujours disponible quand il avait besoin d’elle.
Elle ne savait plus trop bien quels mots utiliser pour décrire son sentiment à son égard, mais à cet instant même elle comprit que quelle forme qu’il ait pu prendre, tout était terminé.
Elle s’assit enfin, essayant de calmer les battements de son cœur qui battaient la chamade, et de nouveau, se posa la question : Comment allait-elle lui dire ? Il prendrait forcément la nouvelle comme une grande trahison.
Elle ne savait vraiment pas quelle raison invoquer pour justifier son départ si hâtif, mais c’est sûr, elle ne lui donnerait jamais la satisfaction de se réjouir de ce qu’elle avait ressenti pour lui depuis tout ce temps.
Pour finir, elle sortit de son sac la lettre qu’elle avait mis des heures à rédiger, au cas où, et la posa bien au centre de son bureau. A son arrivée, il en prendrait connaissance mais elle serait déjà bien loin.
30 janvier 2009
ATELIER D'ECRITURE
« Au clair de la Plume » vient d’ouvrir ses portes.
Un atelier d’écriture où, nous l’espérons, il fera bon écrire.
Faisons en sorte que ce lieu soit fait de joies, de rires, de réflexion, de partage et d’échange
dans la joie et la bonne humeur
Venez nous rejoindre et participer à la première consigne qui sera en ligne demain !
…sans précipitation, nous avons opté pour un large délai de réflexion…..
Vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire à la « new letter »
Merci d’avance à celles et ceux qui voudront bien relayer cette info.
Les mots sont les passants mystérieux de l’âme
(Victor Hugo)
24 juillet 2008
SOUVENIRS
Paroles Plurielles – Consigne 72 – Incipit « On y pensait depuis longtemps »
(photo de Coumarine)
On y pensait depuis longtemps. Perdus dans mes pensées, je me souvenais de l’instant où des années auparavant, l’idée avait commencé à germer en nous . Il s’était servi une rasade de whisky. Moi, bien calée dans mon vieux fauteuil préféré, je sirotais un infusion de verveine tout en grignotant une pomme d’amour… j’admirais les rayons du soleil filtrant à travers les longues feuilles lancéolées du saule pleureur dont les branches si fines, comme de grandes tentacules se recourbaient en forme de parapluie juste devant la baie vitrée de l’atelier, qui se reflétaient sur les pommes posées dans la coupelle de fruits et leur donnait un aspect si brillant.
Puis je m’étais tournée vers lui et en silence , je l’avais observé.
Il avait l’air absorbé, lui aussi par la beauté du paysage extérieur. Le regard tourné vers la fenêtre grande ouverte, ses yeux semblaient cependant ne s’attacher à aucun point précis. D’un coup, sa main avait saisi le pinceau et d’elle-même, comme si elle ne lui appartenait plus, l’avait trempé dans la peinture vert clair et avait colorer la salopette bouffante et le béret de la petite africaine qu’il venait de sculpter. Puis, comme s’il venait d’émerger d’un long rêve, il avait plongé le pinceau dans la coupelle chargée du vert-de-gris qu’il utilisait toujours pour peindre les socles des statuettes.
A cet instant précis, je m’étais levée, avait saisi une pomme dans la coupelle à fruits puis m’étais dirigée vers son établi et plus particulièrement vers la boîte où étaient toujours bien rangées, par ordre de grandeur, les petites brosses. J’en avais saisi une au hasard et l’ avais enduit de vernis dont j’avais recouvert la grany. Puis, j’avais posé le fruit sur un cendrier carré de verre translucide décoré de motifs indiens, toujours vide depuis que nous avions arrêter de fumer et dont je ne me souvenais même plus la provenance. J’aimais ce contraste du carré et du rond. Du mat et du vernis. Enfin, j'avais étalé un foulard qui traînait sur le dos d’une chaise et y avais posé le collier que je portais justement ce jour là et qui, comme par magie, de par ses couleurs, s’accordait totalement avec l’ensemble.
Il s’était levé, avait saisi l’appareil photo pour prendre celle qui allait devenir la photo fétiche de sa première exposition et allait le faire connaître dans le monde entier.
20 juillet 2008
ETRE et NE PAS ETRE
Paroles Plurielles - Consigne 71 - 28 Juin - Incipit : "pendant sept jours et sept nuits, il (elle) veilla

Photo de Françoise
Pendant sept jours et sept nuits, elle veilla. Sa douleur, si poignante qu’elle pensait ne jamais en avoir ressentie de si intense de toute sa vie, lui faisait ressentir encore plus intensément les éléments naturels de la nature qui l’entourait, le climat bizarre qui régnait ces derniers jours, parfois l’apparition d’un soleil radieux – étincelant d’une lumière si violente qu’elle en avait du mal à garder les yeux ouverts. Elle ressentait alors une chaleur intense comme si tout son corps prenait feu et en même temps, un froid intérieur si grand qui la faisait frissonner toute entière. Il lui semblait que le soleil la narguait, elle trouvait sa présence incongru dans son paysage intérieur de douleurs.
Oui, ce soleil, elle ne le comprenait plus, il lui faisait peur ! puis, d’un coup, il se faufilait derrière des gros nuages gris qui obscurcissaient de plus en plus le ciel, pour éclater en une pluie violente qui forçait, comme par automatisme, à ouvrir les parapluies pour ne pas être cinglé sous son avalanche de pleurs.
Elle ressentait alors cette ambiance moite de la chaleur montant de la terre, traversant ses pieds, montant dans le creux de son ventre, le berceau, annihilant toutes ses forces, serpentant jusque dans ses veines qu’elle imaginait parcourues d’un liquide translucide, la grisant jusque dans sa tête. A ces instants, elle avait l’impression d’être en suspension dans l’espace. Elle n’existait plus, elle devenait elle-même cette incommensurable douleur qui la tenaillait au plus profond de sa chair. Bizarrement, son âme semblait s’apaiser.
Elle avait l’impression de n’être plus qu’esprit, elle touchait l’âme de son enfant, la chair de sa chair qui sommeillait là, couché dans l’herbe, sans vie.
28 décembre 2007
INVITATION SURPRISE
Consigne 60, Paroles Plurielles
Ecrire un monologue intérieur de quelqu'un qui doit prendre une décision, et qui ne parvient pas à se décider, en utilisant des mots "toc" (tout-à-fait... quelque part... effectivement... pas de souci... que du bonheur... c'est trop... j'ai envie de dire... oui mais non... y pas photo)
Et toc ! me voilà encore entre deux eaux. Je m’étais pourtant dit que je ne la reverrais ja-mais !
Mais sans doute qu’à un moment où un autre ça arriverait, qu’elle voudrait qu’on se rabiboche. Il va bien falloir maintenant que je me décide ! Irais-je, n’irais-je pas ? Allez, je vais me faire la fameuse liste, celle du pour, celle du contre…. Evidemment, je me connais, je vais argumenter toutes celles qui iraient bien dans la liste « pour » et les agrémenter d’un petit inconvénient pour la refourguer dans l’autre liste ! mais bon, pas de souci, ce coup-ci, je vais essayer d’être vraiment honnête, le jeu en vaut la chandelle.
Les fêtes de fin d’année sont bien les seules réunions où toute la famille peut se retrouver mais quand même ! Elle n’a pas donné signe de vie depuis au moins dix ans, après cette fameuse histoire.
Après tout, je n’y étais pour rien moi, ce n’est pas moi qui lui ai piqué son mec ! ma cousine en plus !
Oui mais non, après tout, je ne dois rien à personne même si tout cela part d’une bonne intention
Oh non, franchement, c’est trop ! Je n’arrive pas à me décider…pourtant, le temps à passé, mais au fond de moi je sens bien que je lui en veux encore….
mais faut bien que je me l’avoue, cette invitation me fait quand même bien plaisir …et puis quelque part, j’ai bien envie de revoir Marc aussi et de connaître le petit Jérôme. Ce p’tit bout de chou, ça ne doit être rien que du bonheur…
.. quand même, j’hésite ! elle pourrait penser que je lui ai entièrement pardonné….
Allez , y’a pas photo. Faut que je ravale ma rancœur. J’y vais. Après tout y’a que les cons qui ne changent pas d’avis

